Le lynchage 2.0 ou comment se venger grâce aux médias sociaux !

Au cours des deux dernières semaines, deux jeunes femmes ont été mises au pilori sur Twitter et sur Facebook. Leur crime ? (arghhh, je vais aussi me faire mettre au pilori), selon moi, une grosse maladresse.

Ce que je veux mettre en avant dans ce billet n’est pas de justifier des comportements mais la capacité du web social d’accepter l’erreur.

droit-erreur

 

1-. Retour sur ces deux situations :

a. Emmanuelle Bertaudiere

Qui parmi vous n’a pas découvert cette employée de Free via le partage de cette image :

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Pour résumer rapidement l’histoire, E.B. va, peu après la sortie des offres de Free mobile, déposer des commentaires sur les pages Facebook de SFR et Bouygues. Evidemment ces commentaires sont critiques à l’égard des concurrents de son employeur.

Comme elle agit à visage découvert ( de nouveau la question de l’anonymat sur le web et les réseaux sociaux peut être posée ), Tanguy, le désormais célèbre community Manager de Bouygues Télécom dévoile, avec humour, la maladresse d’E.B.

C’est évidemment une pratique à éviter (mais combien le font de manière plus discrète ?), ce n’est pas très fair et c’est risqué lorsque l’on est découvert.

Mais quand on met en perspective l’erreur commise et les conséquences sur la réputation et l’e-reputation d’E.B., le rapport me semble totalement disproportionné.

Dans les heures qui ont suivi la maladresse, le nom d’E.B. est devenu Trending Topic sur Twitter :

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source image

Et aujourd’hui quand vous googlez son nom, ne ressortent que des résultats parlant de cette anecdote sur des sites ayant un Domain Authority élevé. Son identité numérique ne se résume plus qu’à cela.

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b. Marie Sigaud

Exemple encore plus récent, la polémique autour d’un article paru sur leplus du nouvelobs.

L’article comporte un titre blessant  : “Cette grosse qui remue me révulse : je déteste la pub Castaluna”.

C’est une publicité de la marque de vêtements à partir de la taille 42 qui en a généré la rédaction. Voilà la publicité :

L’objectif ici n’est pas d’émettre un avis sur l’esthétique du mannequin. Chacun aura un avis selon ses goûts et sa sensibilité.

M.S. qui a écrit le billet a surement été maladroite dans la rédaction de l’article (qui a été retiré du site depuis mais encore visible sur ce scoop.it), et tout particulièrement dans sa conclusion :

Autre affirmation véhiculée par les défenseurs des autoproclamées “vraies” femmes : elles plairaient davantage aux hommes que ces brindilles qui les narguent.

Chacun le répète pour faire plaisir, mais il est battu en brèche chaque jour. Voyez-vous Brad Pitt ou David Beckham au bras de “rondes” ? Non. Dès qu’un homme a le choix, il préfère être vu en compagnie d’une femme mince.

Alors, je le sais, c’est très méchant. Mais voilà je n’aime pas cette pub.”

Mais est-ce une raison pour faire des commentaires  à son égard tout aussi méchants ?

Ce billet a, comme c’était prévisible engendré de multiples réactions. A la différence d’E.B., qui a plutôt commis une erreur de débutante nous avons ici une journaliste qui écrit que ce qu’elle dit est, selon ses termes, “Très méchant”. De plus, il ne s’agit pas d’une pratique déloyale mais d’une forme de méchanceté blessant de milliers de personnes. Ces personnes partageant un même point de vue ou une même blessure. La conséquence est que M.S. s’est retrouvée confrontée à une communauté soudée contre elle.

 

La journaliste se fend d’une réponse à tout ce qui a été dit à son sujet dans laquelle elle informe que le titre, blessant, de l’article a été modifiée à son insu.

De par sa profession et sa présence sur le web, les dégâts sur l’e-réputation de M.S. sont, cependant, moins grands que pour E.B.

3-. Un exemple plus tragique

Mon attention a été attirée fin d’année 2011, en novembre, par le suicide d’une adolescente au Canada. D’après ce que j’en ai lu, ce suicide a eu pour origine des faits de harcèlement ou intimidation de la part d’une ancienne amie d’école.

Un post laissé, par l’élève incriminée, sur son mur Facebook relatait une altercation entre les deux ex-amies.

Le mur de la demoiselle était à l’époque visible de tous, le post en question avait été partagé des milliers de fois par des personnes indignées du décès de l’autre adolescente.

J’ignore évidemment le fond de l’histoire et ne peux que partager la douleur des proches de la jeune fille décédée. Mais ce sur quoi je veux attirer l’attention est que suite au drame, l’autre jeune fille a été la coupable désignée livrée à la vindicte populaire sur les médias sociaux et plus particulièrement Facebook. Le paradoxe étant que, suite à des pratiques de harcèlement, un drame se produise et que ce drame engendre à son tour de telles pratiques.

Par correction envers les deux jeunes filles, je préfère ne pas mettre ni de liens, ni de captures d’écran sur ce sujet. Mais quand on fait une recherche sur Google avec comme requête les prénom et nom de la demoiselle mise en cause. Les résultats ne parlent que de ce fait tragique.

4-. Mon avis

En quoi ces situations se ressemblent-elles et en quoi divergent-elles ?

Dans le premier cas, celui d’E.B. c’est plutôt par amusement et suite au ridicule de la situation que les internautes ont partagé l’image que j’ai insérée ci-dessus. Personne n’a été blessé (excepté l’auteure des posts) et les faits relèvent plus de l’anecdote qu’autre chose.

Les dégâts sur la réputation professionnelle de E.B. peuvent être ennuyeux, mais il faut espérer que les gens sauront relativiser.

Dans la deuxième situation, beaucoup de personnes ont été blessées et la journaliste inclut dans son billet initial que ce qu’elle a écrit est méchant. On est donc plus partagé entre la maladresse et la volonté de blesser. Le billet posté en explication se termine par le paragraphe suivant :

Toutefois, les réactions sur Twitter que j’ai pu lire, qui me traitent d'”anorexique”, doutent énergiquement de mes capacités mentales et exigent ma mort professionnelle, au milieu de menaces et autres joyeuseté, écrites, il va de soi, sans haine aucune, ne m’empêcheront pas de présenter mes excuses à ceux et celles à qui j’ai fait de la peine. Parce que ma connerie, elle est là et pas ailleurs.”

A partir du moment où des excuses sont présentées et que les leçons sont tirées, j’aurai tendance  à croire en la bonne foi de la personne et de mettre définitivement cela sur le compte d’une maladresse.

Le troisième exemple est aussi celui qui est tragique : devant l’horreur de la situation, on a besoin de justice. Le réflexe naturel est donc de s’en prendre à l’autre jeune fille. Ce faisant, on oublie que l’on prend pour cible une mineure qui n’a peut être pas mesuré l’ampleur de ses actes. Les conséquences sont graves mais que souhaitent ceux qui réagissent comme cela, un autre suicide ?

5-. Enseignements

Essayons d’en retirer du positif …

Attention à ne pas blesser :

On en revient à l’empathie, avant d’envoyer un contenu sur Internet, il faut se poser la question du fait qu’il pourrait blesser d’autres personnes.

Etudiants, j’étais ce que l’on appelle ici, un “fouteur de gueule”, voulant parfois faire de l’humour au dépend des autres. Je me suis aperçu que quand on blesse quelqu’un on ne s’en souvient pas longtemps car on y accorde peu d’importance tandis que la personne blessée, elle va avoir une mémoire plus longue. A quoi cela sert-il de générer de l’animosité envers soi ? Evidemment rien.

La règle absolue doit donc être la prudence, que ce soit sur Internet  ou dans la vie de tous les jours.

Etre correct :

Ne pas faire aux autres, ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse !! Vous allez me dire que cela rejoint l’empathie et c’est vrai. La correction est un minimum pour construire de la confiance. Ceux qui ont recours à des moyens tordus pour arriver à leurs fins le regrettent souvent à un moment ou un autre.

Ne pas se poser en juge :

Qui sommes nous pour juger les autres ?

Se joindre à un groupe qui veut répondre ou se manifester suite à une injustice mérite toujours la réflexion. Dans ces situations, en général, les individus n’agissent plus avec toute la raison qu’ils devraient avoir. Essayez de penser au mal que vous pouvez à votre tour faire. Demandez-vous aussi si la réaction est proportionnée.

 

Soyons tolérants :

L’erreur n’est-elle pas humaine ? Soyons tolérants vis à vis d’elle. Si les personnes qui en commettent en tirent les conséquences, elle a un caractère pédagogique. Accepter les erreurs des autres, c’est aussi un premier pas pour que les autres acceptent les vôtres. J’aime souvent à dire que le meilleur joueur de tennis n’est pas celui qui ne fait pas d’erreur mais celui qui en commet moins que les autres. Apprenez de vos erreurs et de celles des autres et vous aurez fait un grand pas.

Le danger de Facebook pour les mineurs :

A mon avis, Facebook ne devrait pas autoriser les mineurs à choisir leurs paramètres de confidentialité comme pour les adultes. Avoir un mur visible de tous comme c’était le cas de la jeune canadienne peut être dangereux. Il faut être attentif à cet aspect.

— Posted on janvier 29, 2012 at 2:55 by

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